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Rap Camerounais et le Syndrome du Buzz

Pourquoi et Comment le buzz façonne t'il l'évolution du Rap Camerounais?

Rap Camerounais et le Syndrome du Buzz

Le public n’exprimera jamais assez sa gratitude envers les pères fondateurs du Hip-Hop Camerounais tels que Krotal, Bilik et la Team Zomloa, Sadrak, Ra Syn, Boudor, Ak Sang Grave, Bantou Possi, Les Geometres, Big Bzy et j’en passe. Ceux la qui ont semé la graine Hip-Hop dans les années 90 et planté le décor d’une culture urbaine moderne et riche, afin de secouer les moeurs et de se faire accepter. Le début des années 2000 a vu germer cette graine Hip-Hop avec des artistes tels que Killa Mel, Kastra, Alberto, Sultan Oshimihn, Valsero et bien d’autres.

 


Image par http://www.tyseo.net/.


Par la suite, le rap Camerounais a connu durant les quatre ou cinq dernières années une mutation, pour le plaisir des amoureux de rap dont je fais partie. Finis les français de Biyem Assi, finis les américains de Deido. Tout est plus authentique, les Prods. aux sonorités de chez nous, les textes terre à terre, avec des expressions bien Camerounaises. Tout commence avec Duc-Z et son single Je ne Donne Pas Le Lait puis Jovi et son album HIV avec le hit Don 4 Kwat  mais c’est bien Stanley Enow et son tube Hein Père qui démocratise ce rap.

Cette mutation est neanmoins venue avec un véritable problème: le buzz. Les artistes font leur promo sur les réseaux sociaux, leur popularité et dans la suite leur talent se jugent au nombre de vues sur YouTube de leur clip, à leur classement sur les chaînes de télé étrangères et à leur nombre de retweets. Au Cameroun c’est pas la meilleure création artistique qui fait couler le plus d’encre mais la chanson qui fait polémique, le son du buzz. Le public ne voit pas le rap Camerounais comme oeuvre musicale mais plutôt comme cette "chose" qu’on écoute quand on veut lap avec les potes.

 

 

Comment expliquer tous ces artistes -talentueux- qui sortent 2 singles en une année? Comment expliquer tous ces artistes aux carrières longues de 10 ans mais qui ne comptent qu’une mixtape et une poignée de singles? J’ai eu à présenter plusieurs clips à des amis qui n’affectionnent pas particulièrement le rap Camerounais et leur première réaction a été “3000 vues? Ça vaut pas la peine”. Depuis quand le nombre de vues d’une oeuvre musicale est gage de sa qualité artistique?  

Comme si cela ne suffisait pas, les artistes Camerounais, dans leur grande majorité copient tout ce qui a fait le buzz a l'extérieur du Cameroun. On se retrouve avec des rappeurs sans âme musicale qui font de l’Azonto, du Shoki, du Dombolo ou encore du Coupé Décalé, un véritable mimétisme musical. Le paysage musical Camerounais en est diversifié certes, mais sans véritable style propre au Cameroun. A l'écoute d’un titre Camerounais au hasard, on ne sait si c’est un Camerounais, un Nigerian, un Ivoirien ou parfois un Français. Le Hip-Hop Camerounais est comme une éponge, à la seule différence qu’il absorbe tout mais ne rejette rien. Tout cela, à mon humble avis pour un succès à la radio, à la télé et des vues sur YouTube.

Dans le business qu’est la musique il y a toujours eu des chansons faites pour la radio, le djoka et des chansons où l’artiste fait preuve de créativité artistique. Un album ou une mixtape est l’outil utilisé pour présenter ces diffèrents aspects de la musique: plaire au grand public, et créer de l’art. Les rappeurs Camerounais semblent l’avoir oublié et veulent plaire au public à tout prix, se ruinent pour des clips flashy sur des titres pour le buzz. C’est bien beau mais vous ne vous créez pas d'identité artistique de cette manière.

Le buzz en lui même n’est pas mauvais. Il permet à un artiste d’avoir une grande visibilité et se construire une fanbase conséquente. Un bon nombre d’artistes excellent dans le buzz et c’est une qualité qu’on ne pourrait leur reprocher. Maahlox le Vibeur étant jusqu'à présent le meilleur dans ce domaine, parviens à se construire une carrière grâce au buzz mais on ne pourrait pas en dire autant des autres. Pour être un artiste du buzz, il faut un talent que tous n’ont pas: être réactif à l'actualité et sortir un son dans les jours qui suivent.

 

 

Aux artistes, sortez des projets, des EP, des mixtapes, des albums, allez en radio. Il y a des artistes qui produisent des singles qui deviennent des hymnes ou des hits quasiment tous les 3 mois et avec en plus des albums et des mixtapes sur le marché, c’est ça la créativité. Il y en a aussi qui sont sur la scène depuis plus de 20 ans et se maintiennent bien, ils ont écrit leurs lettres de noblesse dans l’industrie avec une discographie respectable, grâce a leur identité artistique. Alors pour moi, simple observateur, je pense que la formule du succès pour la nouvelle génération d’artistes est le travail soigné, la créativité et une identité propre.


Au public, prenez le temps d'écouter, d'apprécier la création artistique avant de regarder le nombre de vues sur YouTube, soyez exigeant dans la qualité du travail de nos artistes. Ceci limitera l’effet néfaste que peut avoir le buzz sur le rap Camerounais et on verra de plus en plus d’oeuvres de grande qualité.

 

#Hip-Hop #Rap

Publié le

13 July 2016

Ecrit par

Boris.D.
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