Mounas Tété

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Chronique: Koppo - Je Go

Du rap en cam-franglais en 2003 ? Oui, c'est bien Koppo !

Chronique: Koppo - Je Go

 

 

“Si tu vois ma go, dis lui que je go…” Voilà une phrase que toute la jeunesse Camerounaise connaît. On est en 2003, les lions indomptables de Rigobert Song et Samuel Eto’o sont double champions d’Afrique et champions olympiques et c’est là que le public découvre Koppo. Jusqu’ici le cam-franglais, cette langue (oui je l’appelle langue) qui naquit dans les villes Camerounaises et qui est un mélange de français, d’anglais et d’une multitude de langues locales est principalement utilisée par les adolescents et jeunes adultes (les yors et les yoryettes) pour communiquer sans que leur parents ne les comprennent. Dans beaucoup de familles, parmi lesquelles la mienne, le cam-franglais était considéré comme une langue de délinquants et de fumeurs de chanvre (le djap).

Aujourd'hui 13 ans plus tard, en 2016, les paters androïdes djoss le cam-franglais comme les tara du secteur. Dans ce contexte où cette langue et ses onomatopées sont utilisées par quasiment tous les rappeurs Camerounais, d’un côté pour accentuer leur appartenance à la société actuelle mais aussi parfois pour couvrir la pauvreté lyricale de leur textes  (au lieu de servir de socle pour un dialogue authentique avec le public), je me suis retourné vers Koppo, celui qui m’a fait aimer le cam-franglais à la base, et j’ai ré-écouté son album Je Go.

 

 

Bref, en 2003 Koppo sort Si Tu Vois Ma Go, et à mon avis c’est à ce moment que le cam-franglais commence à s’installer dans le langage commun de toute la jeunesse Camerounaise. En effet, Koppo a mis en avant le cam-franglais dans cette chanson qui raconte le dilemme auquel beaucoup de jeunes Camerounais faisaient face à l'époque. Dans le contexte économique du Cameroun en 2003, avec l’influence culturelle des chaînes de télévision étrangères, l’Occident représentait  la seule solution pour sortir de la “galère”. Le message de cette chanson parlait à tous les Camerounais, y compris les parents qui ne désiraient que voir leur progéniture quitter le Cameroun pour un avenir meilleur ailleurs. Si Tu Vois Ma Go présente la réalité citadine Camerounaise avec élégance; Koppo dans son style d'écriture et sa performance lyricale a donné une aura poétique à cette langue, le cam-franglais, qui était pourtant jusque là considérée comme un langage archaïque. Il ne faut pas non plus oublier qu’en 2003, le rap au Cameroun est considéré par le grand public comme une musique de voyous, une musique violente qui incite à la consommation de substances toxiques et dangereuses (le djap). Cependant, avec Si Tu Vois Ma Go, Koppo dans la façon de délivrer son message présente une face beaucoup plus apaisante et réelle du rap. Bref, ce titre représente un étape majeure dans l'évolution du rap Camerounais.

 

 

Mais, mais, l’album Je Go de Koppo comporte 10 titres, et se limiter à Si Tu Vois Ma Go serait l’amputer de peut être ses plus belles chansons. Après Si Tu Vois Ma Go, le titre le plus populaire de cet album est sans doute Emma en featuring avec Krotal. Je dois avouer que j'étais très jeune à la sortie de cette chanson et que je l’ai chantée pendants des années sans vraiment comprendre de quoi parle Koppo. Je pense que c’est ça le véritable charme de ce titre. Utiliser le cam-franglais d’une façon assez élégante pour divertir et intéresser les plus jeunes, les plus fortunés, tout en ayant un message assez subtile pour que les “grands frères du quartier” puissent y trouver un certain intérêt.

 

Aujourd’hui, Charlotte Dipanda est une star internationale, mais une très grande partie du public Camerounais ignore qu’elle apparaît sur le titre J’en Ai Marre de Koppo. Une fois de plus, il délivre un message qui touche directement le quotidien de toute une génération de jeunes urbains Camerounais, en abordant cette fois ci les difficultés qui peuvent entacher une vie de couple. Le flow très pose de Koppo, couplé à la voix et à tout le potentiel de Charlotte Dipanda à l'époque ont fait de ce titre un succès retentissant. Le thème de cette chanson est l’un des plus examiné dans la musique, et plusieurs jeunes artistes Camerounais continuent de s’y essayer, mais je n’ai que très rarement vu un duo exprimer aussi bien les tensions qui relient et séparent les couples.

 

 

Dans l’introduction, je parlais des lions indomptables de Rigobert Song et de Samuel Eto’o, en effet, l’album Je Go de Koppo est sorti en 2004, un an après le décès de Marc Vivien Foé (26 Juin 2003), sous les regards de tout le peuple Camerounais, en demi-finale de la Coupe des Confédérations. Ce fut un événement tragique au Cameroun à l'époque et Koppo rendit hommage à Marc Vivien Foé dans son album à travers le titre intitulé Foe. Le texte de cette chanson, malgré qu’il soit en cam-franglais, est profond, expressif et sincère. Koppo exprime le chagrin que le peuple Camerounais et sa jeunesse en particulier avait pu ressentir après le décès d’un de ses “héros”. La mélodie du refrain est à la fois mélancolique, triste, mais parvient à communiquer de l’espoir. RIP Marc Vivien Foé.

 

 

Mon titre préféré de l’album est sans doute Confessions. S’il y a une chanson qui conte les obstacles quotidiens auxquels les jeunes Camerounais font face dans leur plus grande globalité (le war pour faire court) c’est bien celle ci. Koppo garde son style: un flow lent et posé, presque du slam, un texte brillant et intense en cam-franglais, et un message d'espérance. Le plus intéressant avec ce morceaux, c’est le minimalisme de l’instrumental. Avant la trap, l'électro, le crunk, l’afro-pop et de tous les logiciels commerciaux de composition musicale au Cameroun, cet instrumental rassemble, à mon avis, tout ce qui a fait l'âge d’or de la musique Camerounaise. Une très grande finesse et de la sobriété, qui ne servent qu'à accompagner la performance des artistes. Le refrain quant à lui, malgré qu’il ne soit constitué que de deux phrases qui sont répétées encore et encore, est délivré avec tellement d'habileté que son message d’espoir n’en est que renforcé. Et la cerise sur le gâteau (l’arachide dans le tapioca en vrai), c’est Charlotte Dipanda en fin de morceaux, magnifique.

 

L’album comporte quelques titres moins connus, Back Back en featuring avec Daryx et Funky S; Kota Show en feat avec Krotal et un remix acoustique de Si Tu Vois Ma Go. Back Back en fait est à l'opposé de Si Tu Vois Ma Go. Koppo et ses confrères demandent aux Camerounais expatriés (aux mbenguistes) de retourner au pays, à leur racines, car à priori la vie est meilleure au pays. Le son a des influences Reggae, mais à mon avis, ça reste très moyen. Kota Show par contre, a une atmosphère très funky, avec un rythme dansant très prononcé. Koppo a changé sa casquette de slameur pour arborer un style beaucoup plus rapide. Krotal l’accompagne et ça donne un morceau qui oblige à secouer la tête ou à parfois lâcher deux ou trois pas de danse. Le texte est toujours en cam-franglais et mine de rien, les lyrics ne sont pas vides de sens. On y retrouve une clarification des relations amicales qui lient les jeunes des quartiers des villes Camerounaises. Comme quoi, un son pour le fun ça peut avoir un message. Tout est dans le bonne humeur et l’outro c’est juste un délire entre Koppo et ses potes.

 

 

Pour une fois je vais faire une conclusion courte. Koppo a gravé son nom dans l’histoire du Hip-Hop Camerounais et cet album comporte ses oeuvres les plus populaires. Je Go a marqué un tournant décisif dans le rap Camerounais au début des années 2000. On se demande bien pourquoi le succès de Koppo n’a pas perduré sur le long terme mais ça c’est une question pour une autre fois. À l'époque c'était difficile de se procurer le disque, mais aujourd’hui il est disponible sur presque toutes les plateformes de téléchargement et de streaming. N'hésitons pas, redécouvrons ce chef d’oeuvre de la musique urbaine Camerounaise.

 

 

#Rap #Chronique #Cam-franglais

Publié le

30 November 2016

Ecrit par

Boris.D.
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